La plaque sera remise à Pierre, le petit-fils de Charles, ainsi qu'un dossier très complet.

[05 JanvierUne  plaque d'immatriculation à peine lisible trouvée dans une vigne audoise a permis d'identifier un poilu de Cépie qui a échappé au massacre du premier conflit mondial et a fondé son exploitation.

Marc, solide retraité sexagénaire, par une belle matinée promène son détecteur de métaux dans une vigne de l'Aude. La détection est son loisir favori. Depuis environ sept ans il pratique régulièrement cette activité. Marc n'est pas un chercheur de trésor ni un pilleur de sites archéologiques. Comme des milliers de personnes en France il parcourt champs, forêts et chemins pour faire ressurgir du sol des témoins du passé. Bien que son matériel soit des plus performant, et avec l'autorisation des propriétaires terriens, il ne peut détecter des petits objets métalliques à plus de 25 ou 30 cm de profondeur. Ses trésors trouvés au hasard sont des boucles de chaussure, des médailles pieuses, des couteaux, des briquets, une belle collection de fers à cheval et à bœuf, quelques monnaies et des dizaines de kilos de bouts de ferrailles, cartouches ou capsules de toutes sortes, etc.Ce matin-là près de Carcassonne Marc découvre un bout de métal qui pourrait être une boucle d'immatriculation de bovin ou une plaque de propriétaire de vélo. C'est en rentrant à son domicile qu'il nettoie la plaque et qu'il y découvre les inscriptions : Andrieu Charles sur une face et de l'autre côté Carcassonne 1904 ou 1914 le troisième chiffre étant difficile à lire.Conscient qu'il vient de découvrir une plaque ayant appartenu à un militaire et sensibilisé par ce qui pourrait être la date de 1914 il publie les photos de la plaque le soir même sur un forum spécialisé.

Nombreuses réactions

Les réactions sont rapides sur le Net. Un Charles-Pierre Andrieu mort pour la France en 1914 et recruté à Narbonne en 1904 est trouvé sur le moteur de recherches «mémoire des hommes».Tout ceci semble être cohérent mais une lecture plus précise de la plaque confirme la date de 1914. Cette date gravée devrait être celle de l'année de conscription, soit 1904 pour une personne née en 1884. Nous ne sommes sûrement pas en présence du «bon» Charles Andrieu.Les semaines passent et les recherches se poursuivent, monopolisant plusieurs passionnés du forum. Une table des conscrits de 1914 de l'Aude est maintenant consultable sur la toile et nous dévoile un Andrieu Pierre-Charles né en 1887 incorporé en 1914 et mort en 1931. Voilà un profil qui retient l'attention, de plus nous sommes en présence d'un document très complet. Nous voyons revivre un jeune poilu de 1,66 m brun au visage long et yeux clairs né à Sainte-Eulalie en 1887, nous le suivons du 53e régiment d'infanterie au 153e sur différents fronts jusqu'à sa démobilisation en 1919. Ce jeune homme a combattu durant toute la Grande Guerre, héroïquement il a survécu, l'héroïsme n'étant pas l'exclusivité des morts.

L'enquête monopolise plusieurs membres du forum

Certains collectent des documents et photos. D'autres retracent avec précision les déplacements et engagements des 53e et 153e d'infanterie. Les spécialistes de généalogie prenant contact avec une association de l'Aude retracent une partie de l'histoire de la famille, des parents et grands-parents de Pierre-Charles. Mais aussi de ses descendants. Ceci nous conduit au domaine viticole de Peyret à Cépie où Pierre Charles a terminé sa vie. Le domaine familial produisant de la blanquette de Limoux est aujourd'hui exploité par Pierre Andrieu, petit-fils de Charles, son épouse Geneviève et un neveu.
Au début 2015 une rencontre entre Marc, l'inventeur de la plaque, et les membres de la famille Andrieu est prévue. La plaque sera remise à Pierre, le petit-fils de Charles, ainsi qu'un dossier très complet regroupant tous les documents ayant permis de reconstituer cette histoire somme toute banale, celle de la vie d'un homme qui a traversé la plus horrible des guerres sans aucune blessure et qui a fondé une famille et une exploitation viticole.
La Dépêche du Midi